Un dépôt d’ordures, dans son sens le plus large, est un site désigné pour l'accumulation de déchets. Cependant, il existe une grande diversité de dépôts d'ordures, allant des décharges sauvages non contrôlées aux décharges sanitaires hautement développées. On peut les distinguer principalement dans les deux catégories suivantes.
Ce sont des sites d'élimination des déchets qui ne sont ni planifiés, ni gérés, ni contrôlés. Ils sont souvent illégaux et peuvent se trouver n'importe où : terrains vagues, bordures de routes, cours d'eau, forêts, etc. Elles peuvent être caractérisées par l’absence de préparation du site (pas de revêtement de fond, pas de système de collecte des lixiviats, pas de couverture des déchets) ; le mélange de déchets (les déchets ménagers, industriels, dangereux, médicaux, etc…), la gestion rudimentaire ou inexistante (pas de compactage, pas de couverture régulière, pas de contrôle des accès, pas de traitement des odeurs, etc….) et un accès libre ( souvent accessibles à tous, y compris aux animaux et aux récupérateurs informels). Ce type de décharge visible sur la figure 4, a des effets très négatifs pour la santé humaine ainsi que pour l’environnement.
Figure 4. Dépôt d’ordure sauvage à Yaoundé (http://www.allodocteurs.africa/auteurs/fabrice-beloko)
Figure 5. Dépôt sauvage au centre-ville (9 Juil 2023 par Alexandre L. ACTU Cameroun)
Ce sont des sites d'élimination des déchets qui sont conçus, aménagés et gérés pour minimiser les impacts environnementaux et sanitaires. Ils répondent à des normes techniques et réglementaires.
Étanchéité du fond (géomembrane, argile) pour empêcher la pollution des sols et des eaux souterraines ;
Drainage et collecte des liquides pollués produits par la décomposition des déchets, qui sont ensuite traités ;
Collecte du méthane (qui est un puissant gaz à effet de serre) produit par la décomposition des déchets organiques, qui peut être brûlé ou valorisé énergétiquement ;
Les déchets sont régulièrement compactés et recouverts de terre ou d'autres matériaux pour limiter les odeurs, la prolifération des animaux nuisibles, les envols de déchets et les risques d'incendie ;
Site clôturé, contrôle des types de déchets acceptés, pesée des camions, enregistrement des déchets, surveillance environnementale, etc. ;
Même après fermeture, un suivi du site est nécessaire pendant plusieurs années (surveillance des lixiviats, des biogaz, stabilité du site, etc.). Moins négatifs que les décharges sauvages, mais peuvent encore poser des problèmes si elles sont mal gérées ou si les dispositifs de protection sont défaillants, les décharges contrôlées restent une solution d'élimination qui n'est pas durable à long terme car elles occupent de l'espace et ne valorisent pas les déchets.
Le Cameroun, comme de nombreux pays en développement, fait face à des défis importants en matière de gestion des déchets. La croissance démographique rapide, l'urbanisation et l'augmentation de la consommation ont entraîné une production de déchets de plus en plus importante. Le système de gestion des déchets actuel peine à suivre le rythme, ce qui engendre divers problèmes environnementaux et sanitaires.
La gestion des ordures ménagères au Cameroun et en particulier dans l’arrondissement de Yaoundé 6 se présente comme un défi urbain majeur, intrinsèquement lié à la dynamique d'une urbanisation rapide et à la pression exercée sur des infrastructures souvent insuffisantes. Le paysage de cette gestion est complexe et hétérogène, caractérisé par une augmentation exponentielle de la production de déchets due à une augmentation soutenue de la population. Cette situation met à rude épreuve les services de collecte existants, notamment ceux assurés par la société HYSACAM et le service « Ville propre » mise sur pied par la mairie, dont la capacité à couvrir l'ensemble du territoire, particulièrement les zones périphériques et difficiles d'accès, reste limitée. Face à ces lacunes, des initiatives communautaires de pré collecte émergent, témoignant d'une volonté locale de pallier les déficiences du système formel. Cependant, ces initiatives peinent à atteindre leur plein potentiel, souvent freinées par un manque de ressources financières et d'expertise technique. En parallèle, la prolifération de décharges sauvages, notamment dans les zones basses et non urbanisées, constitue un problème environnemental et sanitaire préoccupant, aggravé par un déficit de sensibilisation de la population aux bonnes pratiques et une quasi-absence de systèmes de tri et de valorisation des déchets. Malgré ce tableau sombre, des lueurs d'espoir subsistent à travers des initiatives locales ponctuelles, mais prometteuses, telles que des projets de compostage communautaire et des campagnes de nettoyage. Il ressort clairement de ce constat la nécessité d'une action concertée et durable pour améliorer la gestion des ordures à Yaoundé 6.
http://www.investiraucameroun.com/environnement/0606-20903-collecte-des-ordures-a-yaounde-des-marches-de-61-8-milliards-de-fcfa-cherchent-preneur
Figure 7. Traitement des déchets (21 décembre 2017 11:22 | Energie Mines)
Pour mieux comprendre les enjeux spécifiques à ce contexte local, il est pertinent de se référer à l'étude de cas approfondie menée par Joseph-Marie Bipoun Woum (2015) de l'Université de Yaoundé I, intitulée "Étude de cas sur la gestion des déchets solides à Yaoundé : défis et perspectives". Cette recherche met en lumière les défis précis de la gestion des déchets solides dans la capitale camerounaise, en considérant l'impact de la croissance démographique rapide et de l'urbanisation. Elle souligne les faiblesses des infrastructures existantes, les problématiques liées à la collecte et au traitement des déchets, ainsi que les conséquences environnementales et sanitaires qui en découlent. L'étude de Bipoun Woum (2015) propose des pistes d'amélioration, notamment en insistant sur la nécessité de renforcer la participation communautaire et de développer des approches de valorisation des déchets. Cette étude offre un cadre de référence local indispensable pour saisir les spécificités de Yaoundé 6 et identifier les besoins des populations en matière de gestion des déchets. En complément, le rapport de Sonia M. Plaza de la Banque Mondiale (2013), "Gestion des déchets solides urbains en Afrique : enjeux et solutions durables", apporte une perspective régionale précieuse. Ce document analyse les défis de la gestion des déchets solides à l'échelle des villes africaines, en mettant l'accent sur l'impératif de solutions durables. Il explore diverses approches de gestion, allant de la collecte sélective au compostage et à la valorisation énergétique, tout en soulignant l'importance du renforcement des capacités institutionnelles et de la participation du secteur privé. Ce rapport offre des exemples de bonnes pratiques et de solutions innovantes qui pourraient être adaptées au contexte spécifique de Yaoundé 6. Enfin, le rapport de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS,2019) sur " L'impact environnemental de la mauvaise gestion des ordures ménagères dans les pays en développement" met en évidence les liens directs entre la mauvaise gestion des déchets et les risques sanitaires et environnementaux. Il décrit en détail les différentes formes de pollution associées aux déchets, telles que la contamination de l'eau et de l'air, et leurs effets délétères sur la santé humaine. Le rapport de l'OMS insiste sur la nécessité de mettre en œuvre des mesures de prévention et de contrôle pour atténuer ces impacts. Pour Yaoundé 6, ce rapport souligne les conséquences potentielles de la mauvaise gestion des ordures sur la santé des populations et justifie pleinement l'intégration des dimensions environnementales et sanitaires dans toute étude diagnostique de la situation.
Plusieurs points clés se dégagent de cette analyse préliminaire. Premièrement, la pression démographique et l'urbanisation rapide à Yaoundé 6 exercent une tension constante sur les infrastructures de gestion des déchets, déjà fragiles. Deuxièmement, la participation communautaire apparaît comme un levier essentiel pour améliorer la collecte et la gestion des ordures, en complément des actions des acteurs formels. Troisièmement, la valorisation des déchets, notamment par le biais du compostage ou de la production d'énergie, se présente comme une voie prometteuse pour réduire les volumes de déchets à traiter et créer des opportunités économiques locales. Enfin, les considérations de santé publique et de protection de l'environnement doivent être placées au cœur de toute stratégie de gestion efficace des ordures à Yaoundé 6.
Pour comprendre les causes profondes de l'accumulation des déchets, il est essentiel de se pencher sur l'insuffisance des services de collecte. Comme le souligne ONU-Habitat (2020), dans de nombreuses villes africaines, les municipalités peinent à assurer une collecte régulière et efficace, en raison de contraintes budgétaires, logistiques et techniques. Cette situation est exacerbée par la croissance démographique rapide et l'urbanisation non planifiée, qui augmentent considérablement les volumes de déchets à gérer. De plus, un manque de sensibilisation et de responsabilité civique contribue à la persistance du problème. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS, 2019) note que de nombreux habitants ignorent les conséquences néfastes des dépôts d'ordures sauvages ou adoptent des comportements irresponsables par manque d'alternatives ou de sanctions. Enfin, l'absence d'infrastructures de base adéquates, telles que des poubelles publiques, des décharges contrôlées et des systèmes de tri et de recyclage, encourage l'élimination informelle des déchets dans l'espace public.
Les conséquences de ces dépôts sauvages sont désastreuses, tant pour la santé publique que pour l'environnement. Douglas et al. (2008) mettent en évidence la prolifération de vecteurs de maladies tels que les moustiques, les mouches et les rongeurs, favorisant la transmission d'infections graves comme le paludisme, la dengue et la fièvre typhoïde. La décomposition des déchets organiques produit également des gaz toxiques et des lixiviats qui contaminent les sols et les eaux souterraines, menaçant la santé des populations et la biodiversité. Sur le plan environnemental, comme le souligne le GIEC (IPCC, 2021), les dépôts d'ordures sauvages dégradent les paysages urbains, polluent l'air et l'eau, contribuent aux émissions de gaz à effet de serre et peuvent obstruer les systèmes de drainage, augmentant les risques d'inondations.
Face à cette situation, il est impératif de mettre en œuvre des solutions durables et participatives. Un renforcement des services de collecte est primordial, nécessitant d'augmenter la fréquence des collectes, d'améliorer la logistique et d'investir dans des équipements adaptés. Parallèlement, des efforts de sensibilisation et d'éducation des populations sont essentiels pour promouvoir les bonnes pratiques de gestion des déchets, à travers des campagnes d'information et l'intégration de l'éducation à l'environnement dans les programmes scolaires. La participation communautaire doit être au cœur de la stratégie, en impliquant les habitants dans la gestion des déchets, en créant des comités de quartier, en organisant des opérations de nettoyage et en encourageant le tri et le recyclage à la source. Enfin, un renforcement de la réglementation et de l'application des lois est nécessaire pour sanctionner les dépôts sauvages et encourager les initiatives de valorisation des déchets, créant ainsi un cadre incitatif pour une gestion plus responsable.
Yaoundé 6, avec sa diversité de quartiers et ses défis spécifiques (construction dans les zones à fortes pentes, dans les marécages, les constructions anarchiques etc… ) représente un cas d'étude particulièrement pertinent pour analyser les dépôts d'ordures sauvages et mettre en œuvre des solutions adaptées. Il est encourageant de constater que la commune de Yaoundé 6 est engagée dans la lutte contre le changement climatique, comme en témoigne sa participation au CDP (Carbon Disclosure Project), ce qui pourrait favoriser une approche intégrée de la gestion des déchets, en lien avec les enjeux environnementaux globaux.